Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/01/2015

Mort de l'écrivain Eric Ollivier, prix Roger Nimier 1967

Il était sans doute l'un des derniers personnages légendaires du Paris littéraire. Le journaliste et écrivain Éric Ollivier est décédé vendredi près de Paris. Il avait 87 ans.

Éric Ollivier, pseudonyme d'Yves du Parc, était né à Brest le 19 novembre 1927 d'un père breton, marin et poète, et d'une mère d'origine irlandaise. Comme tous les personnages de légende, sa biographie est faite d'ombres et de lumière. Après des études au Lycée Henri-IV, il s'inscrivit à l'Institut des Langues Orientales. On dit qu'il joua dans le Ruy Blas de Cocteau en 1948 aux côtés de Jean Marais. C'est possible. Il possèdait la beauté du diable. Il en joua et devint pendant les années d'après-guerre, une figure des soirées de Saint-Germain-des-Prés, des cocktails mondains et littéraires. Marcel Schneider aimait à raconter qu'Éric Ollivier était l'attraction du moment. Il se souvenait l'avoir vu prendre des bains au champagne pour amuser la galerie. Il plaisait aux femmes autant qu'aux hommes et séduisait les unes et les autres.

Il aimait raconter comment il aborda un jour de façon abrupte François Mauriac et lui demanda tout à trac de travailler pour lui en tant que secrétaire. Ce qu'il fut entre 1946 et 1948. En 1952 il était aux côtés de l'auteur du Baiser au lépreux, avec Nimier, lorsqu'ils apprirent que Mauriac avait été désigné comme lauréat du prix Nobel de littérature. Une soirée mémorable.

Éric Ollivier entra ensuite au Figaro où son mentor était l'éditorialiste et le chroniqueur vedette. Il fut grand reporter dans tous les endroits chauds de la planète, de l'Afrique du Nord à l'Indochine. Étant en désaccord avec la ligne du journal sur la question coloniale en Afrique du Nord, il donna sa démission en 1960.

Puis il se consacra à l'écriture, publiant une trentaine de livres, de L'Officier de soleil en 1958 (Denoël) à Avant de partir, il y a deux ans, chez Grasset. Il connut un moment de célébrité avec Les Godelureaux(1959) lorsque Claude Chabrol en donna une adaptation en 1961 avec Bernadette Laffont et Jean-Claude Brialy dans les rôles principaux. Sa carrière fut jalonnée de quelques jolis prix littéraires. J'ai cru trop longtemps aux vacances obtint le Prix Roger-Nimier en 1967; Panne sèche, le Prix Cazes-Brasserie Lipp en 1976 et l'un de ses plus beaux romans, L'Orphelin de mer le Prix Interallié 1982.

Grâce à l'amitié de Jean-Marie Rouart, il travailla au supplément Livres du Quotidien de Paris puis fut de l'aventure du renouveau du Figaro Littéraire à partir de 1986 avec Claude Michel Cluny, qui vient de nous quitter, Marcel Schneider, André Brincourt, Renaud Matignon, Manuel Carcassonne. Leur rencontre datait de 1975. Rouart le rencontra pour parler de Stephen Hecquet qui était le grand ami d'Éric Ollivier. Joint au téléphone, l'académicien nous confie qu'il aimait chez Ollivier son côté «tête brûlée et la pureté de son intransigeance.» Il ajoute: «Eric était plus un mémorialiste qu'un romancier. Il a écrit deux livres absolument merveilleux: Passe- L'Eau et J'ai cru trop longtemps aux vacances dans lequel il évoquait ses souvenirs avec Nimier. Je me suis aussi battu pour qu'il obtienne le prix Interallié et ça n'a pas été facile!»

Ses chroniques étaient savoureuses comme ses coups de gueule. Éric Ollivier était un flâneur, un piéton de Paris. Il écumait les cocktails où l'on apercevait sa haute silhouette et ses cheveux blancs encadrant un front fier et des yeux très bleus. La légende, toujours, voulait qu'il servit de modèle au Prince Éric de Pierre Joubert dans la collection Signe de Piste. Il était aussi un amoureux de l'Italie. La Dolce Vita lui allait comme un gant.

En 2013, il avait publié des «Mémoires» avec un titre sans ambiguité: Avant de partir (Grasset). C’est une succession d'anecdotes, de bons mots -il n'en était pas avare-, de traits acerbes ou délicieux. Ce volume disait un temps où vivre de sa plume était possible sans devenir esclave de sa machine à écrire. Il se plaignait aussi de voir son quartier de Saint-Germain-des-Prés changer d'allure, de genre. Lui qui habitait rue du Dragon n'aimait rien tant que cracher le feu sur la nouveauté lorsqu'elle se parait de vulgarité. Eric Ollivier avait une sainte horreur de toutes formes de contraintes. Il ne recherchait pas non plus les honneurs et brocardait avec une saine férocité les arrivistes de tout poil.

Ses obsèques seront célébrées lundi 2 février à 14h30 en l'église Saint-Germain des Près à Paris.

 

Bruno Corty, Le Figaro

 

 

 

Publié dans Prix Roger Nimier | Commentaires (0) |  Facebook | | | | Pin it!

23/01/2015

Non pas rêver ma vie

JRH, Jean-René Huguenin

 

“Ne méritent le nom d’hommes que ceux qui savent ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent devenir. Non pas rêver ma vie, mais faire vivre mes rêves.”

Jean-René Huguenin, Journal, 1964.

10/01/2015

Si le monde est pourri

Rpger Nimier, Maudit septembre 62, MS62,

 

"Si le monde est pourri par la violence, il reste cette plus grande violence qui est la fin du monde."

Roger Nimier

Publié dans Citation, Roger Nimier | Tags : roger nimier | Commentaires (0) |  Facebook | | | | Pin it!

Une tragique impuissance à rompre

Jean-René Huguenin,

 

Ce qui caractérise les faibles, à vrai dire, c'est moins le goût de l'abdication, du laisser-aller, l'obéissance servile aux moindres désirs, qu'une espèce de penchant fataliste pour le recommencement, un désir d'éterniser, une tragique impuissance à rompre. Ils meurent de ne pas savoir tuer.


Jean-René Huguenin, Journal

Un passant fulgurant, par Gérad Guégan

Jean-René Huguenin,

Le titre est long - « Un jeune mort d’autrefois. Tombeau de Jean-René Huguenin » -, mais ne ment pas. Sous la plume de Jérôme Michel, tout est dit, nous semble-t-il, sur cet écrivain, de haute lignée, tombé au front de la vitesse à l’âge de 26 ans, une semaine avant que Roger Nimier ne trouve lui aussi la mort sur la même route. Une telle coïncidence, romanesque, pour ne pas dire romantique, aurait dû engendrer plus d’une fiction. Car Nimier était en quelque sorte le frère aîné d’Huguenin, dès lors qu’ils avaient partagé le même père : Georges Bernanos, le grand maître des refus transcendants. De plus, comme Nimier, Huguenin passa pour « fasciste » aux yeux des censeurs du politiquement correct. À croire qu’il suffisait de « faire louange du courage » ou de « rêver de grandeur » pour être aussitôt voué aux gémonies. On signalera tout de même aux prompts accusateurs d’Huguenin (tel Philippe Forest) que, dans cette même période (années 1950-1960), de jeunes communistes se réclamèrent pareillement du courage et de la grandeur. Et adoptèrent, eux aussi, le « parti » de Bernanos l’antifranquiste.

Huguenin, simplement, eut plus de grâce que la plupart de ses contemporains. Avec profit, et bonheur, on ne manquera donc pas de lire (en poche) son unique roman, « La Côte sauvage », et son « Journal », l’un de ces livres vers lesquels les âmes sensibles reviennent périodiquement. Il est vrai qu’Huguenin était né chanceux, au sens profond du mot. Ainsi, entre 4 ans et 8 ans, il avait connu la défaite de 40 et l’Occupation - ça marque.

 

1er avril 2013