Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/07/2014

Solitude voluptueuse

Solitude.jpg

"Ah ! je suis un romantique, et un romantique mal dompté, ce qui risque souvent de me coûter cher. Moi aussi je veux et aime vivre contrairement à ce que vous me conseilliez l’autre soir, non sans une ombre de mépris. Seulement, voilà: qu’appelons-nous vivre ? Pour vous c’est rester toujours libre, toujours ouvert à la passion. Pour moi ce serait plutôt de m’enchaîner à moi-même, de m’enivrer de ma solitude - une solitude que l’amour lui-même, par une capricieuse contradiction de mon cœur, rend plus âcre, plus déchirante et finalement plus voluptueuse.”

Jean-René Huguenin (1936-1962), Lettre à Jean Le Marchand, Mars 1959.

08/07/2014

En Asie, j'avais enfin trouvé ma terre, mon imaginaire.

Olivier Frébourg, Club Roger Nimier,

"Au fond de moi, je sais que je ne suis pas fait pour la vie en Occident : économique, réaliste, dépressive. J'ai pressenti lors de mon premier voyage en Asie que j'avais enfin trouvé ma terre, mon imaginaire. On croit pouvoir tout concilier : la vie de famille et les voyages, la guerre du quotidien et l'écriture, l'amour conjugal et l'ailleurs. Mais il y a une seule certitude : le fracas." 

Olivier Frébourg

J'éclaterai comme un feu d'artifice.

Jean-René Huguenin,

"Il est clair que je n'ai pas ma place dans ce monde, parmi ma génération, au sein de cette civilisation. Je vais écrire quelques romans, et puis j'éclaterai comme un feu d'artifice et j'irai chercher la mort quelque part. La pensée de mourir est finalement ce qui me console le mieux de tout."


Jean-René Huguenin

 

 

A propos de Maurice Ronet

Maurice Ronet.gif

Maurice Ronet (1927-1983), dont Eric Neuhoff dit qu’il avait « des yeux à regarder les gouffres... » est une figure majeure du cinéma des années 1960. Il continue de hanter notre imaginaire, comme l’incarnation d’une figure masculine mystérieuse, troublante, insaisissable... Trente ans après sa mort, Maurice Ronet demeure une énigme. Maurice Ronet a marqué de son empreinte des films cultes du cinéma français : Ascenseur pour l’échafaud (Louis Malle, 1958), Plein soleil (René Clément, 1960), La Piscine (Jacques Deray, 1969), ou encore Raphaël ou le débauché (Michel Deville, 1971). Son plus grand rôle : Le Feu follet (Louis Malle, 1963).

Ce seigneur de la nuit, adepte de virées somptueuses, a fréquenté de près les « Hussards » (Roger Nimier, Antoine Blondin) et fait chavirer le cœur des femmes : « Alain Delon avait des groupies, Maurice Ronet avait des admiratrices ».

José-Alain Fralon a été grand reporter au Monde, où il a notamment couvert la guerre du Kosovo, le procès Papon, la chute de Ceausescu et plusieurs Tours de France. Il a fait paraître plusieurs biographies dont Maurice Ronet, le splendide désenchanté (octobre 2013, éditions Les Equateurs).

05/07/2014

Nimier et Céline, par Marc Dambre


 

Colloque du mercredi 9 novembre 2011, "Autour de Céline", "Roger Nimier, son ami et dernier interlocuteur chez Gallimard" par Marc Dambre, professeur émérite à la Sorbonne Nouvelle

Roger Nimier par Alexandre Astruc

Roger Nimier (1925-1962), écrivain français, 1954
© Boris Lipnitzki / Roger-Viollet

Parce qu’un imbécile aura voulu le doubler à droite, un soir sur l’autoroute, une des têtes les plus fortes et les plus assurées de notre génération aura trouvé une mort certaine, privant ainsi les lettres d’une moisson qu’elle seule avait si cruellement confisquée.

 Je promets, ai-je écrit quelque part au soir de son trépas, je ne sais plus très bien où, une paire de claques à qui voudrait associer cette fin absurde à la triste légende des « chevaliers de l’impossible », misérables émules de James Dean fonçant les uns vers les autres dans les vapeurs de l’ivresse pour rencontrer une mort qui à eux seuls ressemblait.

 Je réserve aujourd’hui le même châtiment à ceux qui, parce que Roger Nimier avait le même âge que Jacques Laurent, Michel Déon et Antoine Blondin, ne voient en lui qu’un membre à part entière de ce cercle proclamé Club, où je peux assurer qu’ils ne se rencontrèrent jamais ensemble pour vitupérer leur époque.

 Romancier (Le Hussard Bleu, Les Enfants Tristes, Perfide, Les Épées, D’Artagnan amoureux) essayiste (Amour et néant, Journées de lectures ou L’Élève d’Aristote où se love une incroyable description du château de Versailles qui ô! merveille fait penser à celui de Dame Tartine), scénariste et écrivain de cinéma – je lui dois les admirables dialogues de mon Éducation Sentimentale – Roger Nimier peut faire penser à un de ces protées qui hésitent chaque matin pour savoir quel uniforme endosser, mais ses œuvres, romans ou essais, se ressemblent comme ils lui ressemblent. Qu’il brosse un catalogue des vedettes de l’écran, victimes expiatoires, ou qu’il lui adjoigne Mme Récamier, dépeinte et réclamée par lui comme vedette du muet, car elle se contentait – et c’était là la raison de son emprise sur René – d’écouter, c’est toujours la même voix qui se fait entendre, celle de Roger, et je ne vois aucun hiatus entre Mme de Staël et l’héroïne de Perfide, épouse non-morganatique (et c’est là l’occasion de faire entrer dans cette galerie de premiers rôles la veuve Scarron) d’un principal de collège saisie par la débauche.

 Dans le Hussard Bleu, comment ne pas penser à celui que chantait, avec la bénédiction du docteur Goebbels, la voix rauque d’une diseuse suédoise, immortalisée par Douglas Sirk, Zarah Leander. S’ils renvoient à Adolphe de Constant et à Dominique de Fromentin, les romans de Nimier, par le savoir qu’ils emmagasinent et l’étendue d’abstraction à travers laquelle ils se déploient, ne sont pas indignes de figurer en bonne place dans cette longue lignée de fortes têtes (et de têtes bien pleines), qui va de Rabelais à Diderot et de Cervantès à Sterne – Milan Kundera ne me chercherait pas de noises sur ce point. On peut même pousser l’audace, voire la provocation, et parler à leur propos d’une illustration chiffrée de la kabbale.

 On me permettra cependant de mettre en tout premier lieu dans cette frappe glorieuse de médailles d’effigies l’admirable auteur du Grand d’Espagne en qui, à travers les couronnes de fleurs des champs tressées à la mémoire de ce Georges Bernanos dont il avait fait, et nous aussi son capitaine, se précisent les règles de vie de ce qui fut le bréviaire de toute une génération.

 Bernanos, dont on a oublié un peu trop vite la grande voix, avait pour cible préférée les imbéciles, ce qui était une autre façon de promouvoir comme vertu capitale cette intelligence dont Nimier était à un degré supérieur pourvu. Sait-on que ce guerrier, en qui l’on ne veut voir qu’un esprit léger (comme si la légèreté n’était pas que l’autre face d’une certaine gravité), fut lauréat du Concours général de philosophie et l’un des premiers lecteurs de L’Être et le Néant de Sartre ? On peut très bien, ce n’est impossible que pour les cuistres et les têtes molles, avaler dans l’après-midi cinq cents pages de Balzac, et couronner cet effort, qui aurait mis tant d’autres sur le flanc, par une joyeuse partie de polochon. J’ai parlé du Grand d’Espagne, sur quoi je voudrais insister. Roger Nimier y prend comme cible ces Girondins dans lesquels on peut voir les adeptes du tripartisme qui firent les beaux jours de l’après-Libération, mais c’est pour écrire, à la suite de Péguy que la fermeté, opposée à ce torrent d’eau tiède est la seule vertu : « c’est la fermeté qui est humaine, c’est Robespierre qui est humain ». Cette fermeté, Roger Nimier l’a possédée au plus haut point, fermeté d’écriture, et fermeté de vie. Sait-on qu’à la suite d’une après-midi avec Jacques Chardonne, il décida de s’arrêter d’écrire pendant dix ans. Ce silence volontaire me fait penser à celui que s’imposa, parce qu’après une nuit dite d’Idumée il avait compris qu’il n’écrirait jamais les poèmes de Mallarmé, un certain Paul Valéry.

 On me permettra donc pour conclure d’associer les maximes gravées en lettres d’or au fronton du palais de Chaillot, commandées à celui qui était devenu son poète officiel par une république déjà proche de sa fin, à la main vigoureuse d’un lecteur de Maurras balayant au 5 de la rue Sébastien Bottin, repère et nid d’aigle des fortes têtes de la NRF, le carré de soldats de plomb, qu’avec cette Aston Martin promise à être son cercueil, entre deux virées à Meudon pour enchanter Céline pour lequel il réclamait le prix Nobel, ou – via Marcel Aymé, pour prendre devant lui la défense de Baudelaire1 – lui avait offert pour l’assurer de son amitié et son admiration un certain Gaston Gallimard, éditeur entre autres de Gide et de Paul Valéry.

 

Alexandre Astruc
cinéaste, journaliste, écrivain
Prix Roger Nimier 1976

L'éducation sentimentale d'alexandre Astruc

Nimier, Flaubert


Réalisation de Alexandre ASTRUC
D'après l'œuvre de Gustave FLAUBERT
Scénario et dialogues de Roger NIMIER
Co-dialoguiste Roland LAUDENBACH
Directeur de la photographie Jean BADAL
Musique de Richard CORNU

avec

Jean-Claude BRIALY
Marie-José NAT
Michel AUCLAIR
Carla MARLIER
Nicolas Vogel
Françoise Fabian
Pierre DUDAN
Dawn ADDAMS

 

Alexandre Astruc a donné, le jeudi 2 mars 1961, le premier tour de manivelle de l’Éducation Sentimentale. Roger Nimier s’inspira librement de Flaubert pour lui permettre de tourner ce film dont il signa l'adaptation avec Roland Laudenbach.  Jean-Claude Brialy, l’espoir de sa génération, incarne Frédéric Moreau. L’interprétation est assurée par Anouk Aimée et Dawn Addams. Ce film est en grande partie tourné au Havre et à Étretat.

L'histoire

Logé à Paris chez ses riches cousins, les Dambreuse, Frédéric Moreau, jeune polytechnicien de 25 ans travaillant à la recherche scientifique, fait un jour la connaissance d'une amie de sa cousine, Madame Amoux. Charmante et triste - son mari la trompe ouvertement avec un mannequin suédois - Anne Arnoux devient la seule pensée et le tourment de Frédéric. Catherine Dambreuse, éprise de son jeune cousin et follement jalouse d'Anne, s'emploie à séparer ces jeunes gens timides et peu aptes aux intrigues de la vie factice du milieu mondain. Décidé à libérer celle qu'il aime d'un joug impossible, Frédéric renonce à la recherche scientifique. Il entre dans les usines Dambreuse afin de pouvoir offrir à celle qu'il épousera, après son divorce, ia situation qu'elle mérite. Mais Arnoux, jusqu'ici très brillant et sûr de lui, rentre un soir de voyage, absolument démoralisé. Des échecs successifs l'ont effondré. Anne comprend alors qu'il a besoin d'elle et elle renonce à Frédéric pour accompagner son mari dans ses voyages. Catherine qui a suivi, en femme intrigante et lucide, le déroulement de ce drame, se précipite chez Frédéric, qui, de guerre lasse, tombe dans ses bras. Anne et Frédéric ne se reverront plus que sur les quais du Havre, pour un dernier adieu.

01/07/2014

Elle s’était juré de ne pas avoir d’amant.

Club Roger Nimier, Sunsiaré de Larcône, Roger Nimier

"Elle s’était juré de ne pas avoir d’amant. Elle devinait bien qu’il est détestable de tomber dans la “facilité”. Son caractère sérieux l’empêchait de s’illusionner trop longtemps sur un type et son éducation lui interdisait de se donner au premier venu. Avec de l’alcool et des rires, on commet des folies sans effort. Mais elle souffrait du foie, il manquait donc une condition. Tout cela était assez pour réussir dans la coquetterie, dans la coquetterie seulement. C’était donc assez pour être malheureuse, quand on ne rêvait qu’à la passion." Roger Nimier, Les Enfants Tristes.

Le style du hussard

Club Roger Nimier, Pol Vandromme

Le style du hussard, c’est le désespoir avec l’allégresse, le pessimisme avec la gaieté, la piété avec l’humour.
C’est un refus avec un appel. C’est une enfance avec son secret.
C’est l’honneur avec le courage et le courage avec la désinvolture.
C’est une fierté avec un charme ; ce charme-là hérissé de pointes.
C’est une force avec son abandon. C’est une fidélité.
C’est une élégance. C’est une allure.
C’est ce qui ne sert aucune carrière sous aucun régime.
C’est le conte d’Andersen quand on montre du doigt le roi nu.
C’est la chouannerie sous la Convention.
C’est le christianisme des catacombes.
C’est le passé sous le regard de l’avenir et la mort sous celui de la vie.
C’est la solitude et le danger. Bref, c’est le dandysme.

 

Pol Vandromme, Roger Nimier le grand d'Espagne

 

Photo de 1950 Nimier par Cartier Bresson

Eduqués par le verbe orgueilleux !

Pierre Drieu La Rochelle, MS62

 

A nous autres, jeunes hommes éduqués par le verbe orgueilleux de Nietzsche et de Barrès, Paul Adam, Maurras, d'Annunzio, Kipling, excitateurs du monde occidental, la guerre offrit une fraîche tentation -  Pierre Drieu la Rochelle