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30/06/2014

Le Club Roger Nimier par Nicolas Giorgi (03/02/2011)

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C’est Bernard Franck qui, le premier, va se fendre d’un pamphlet particulièrement caustique intitulé « Hussards et Grognards » pour s’en prendre à ces impétueux gandins. C’est en quelque sorte lui qui « inventa » les Hussards, qu’il caractérisa par l’abus de phrases courtes, au style couperet, dans une démonstration éloquente mais un peu caricaturale. […] Une riposte cinglante à ce déferlement de coups de sabots à la coterie qu’il vient de baptiser Hussards, Franck se trouve fort étonné lorsque, ces derniers saluent ce jeune auteur qui leur ressemble, refusant seulement de se voir enfermés dans un groupe. Laurent de lancer, pas dépourvu d’humour, qu’il préférait les fantassins aux hussards. Nimier salue la plume légère de Franck. Voilà bien un trait hussard ! Il est temps, maintenant, de présenter ces 4 fameux mousquetaires, en commençant tout d’abord par leur chef de file

Roger Nimier. Le « premier de la classe », selon François Nourissier (lui aussi d’obédience hussarde). Cet agitateur de bonnes consciences a fait de quelques portraits au vitriol, quelques articles cinglants, sa signature. Dans la critique d’une pièce pour Opéra, il titrera : « Surprise à Marigny : Jean-Louis Barrault encore plus mauvais que d’habitude », et fera de nouveau scandale. Ecrire, provoquer, séduire par l’écriture : il était né pour ça. En 50, Nimier avait déjà publié trois romans, dont Le grand d’Espagne et Le Hussard bleu, le rendant célèbre à 25 ans. S’en suivra une période de dix ans d’un silence à peine désiré pour ce d’ « Artagnan amoureux », qui décide de ne plus publier. Dans le creux de la vague, il est recueilli par Paul Morand, qui lui réserve une chambre dans sa maison de campagne afin qu’il puisse y travailler. En 62, la chambre du fils est désormais vide, qui regarde le fantôme du James Dean de la littérature française.

Puis vient Antoine Blondin. Paradoxalement, le plus connu des quatre. Ses chroniques sportives pour l’Equipe, pour lequel il suivra 27 Tours de France, ont sans doute fait davantage pour sa notoriété que ses cinq romans, pourtant d’une très bonne facture (citons pêle-mêle L’Humeur vagabonde, Monsieur Jadis ou encore l’Ecole du soir). Ce garçon « efflanqué, le regard brûlant, au visage angélique » à ses débuts, est l’archange aux deux visages. Le premier, celui de l’écrivain de la légèreté, du rêve, fera sa légende. Le second, celui du chantre de la liberté dans les vapeurs de l’éthanol, causera sa perte.

Jacques Laurent est le troisième « hussard ». L’auteur des Corps Tranquilles, mille-feuille romanesque débordant de personnages et d’influences (Dos Pasos, le cinéma, la publicité), publié en 49 est sans doute le plus fécond des quatre romanciers, qui compte une centaine d’ouvrages à son actif. Celui qui signera sous le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent à ses débuts décroche un phénoménal succès en 47 avec son roman feuilleton Caroline Chérie. Cagoulard de la résistance anti-sartrienne, le froid mousquetaire nous émouvra aussi avec son Petit canard, qui se conclut par la lettre d’un père à son fils en passe de se faire fusiller pour s’être engagé dans la L.V.F. Singulier, sincère, Jacques Laurent est sans doute le plus puissant, le plus éclectique des hussards.

Michel Déon, seul à être encore en vie aujourd’hui, se présente comme le dernier des Mohicans. Il sera rajouté sur le tard comme appartenant aux Hussards, appartenance qu’il a toujours dénié : « Les Hussards ? Connais pas !», répondait-il lorsqu’on l’importunait avec cette histoire. Il est vrai que de faire trainer de vielles guêtres de Hussards à ce nonagénaire, relève de l’ineptie. Ce « nomade sédentaire », qui vit entre Paris, l’Irlande et les îles Grecques, sa terre d’élection, se refusera toujours à cette catégorisation. L’académicien, même s’il avait l’uniforme brodé des hussards, à toujours souffert de la comparaison avec ses colistiers. Lui manquait à la fois le charme d’un Nimier, l’écriture ductile d’un Blondin, ou la profondeur d’un Laurent. Malgré tout, on se souviendra de lui pour des romans tels que Je ne veux jamais l’oublier, ou encore Le Taxi mauve.

De tout ce tumulte, ces embardées, que reste-t-il aujourd’hui ? […] Il y a bien eu les « néo-hussards », invention  […] d’un Jérôme Garcin pour une fois en forme. Eric Neuhoff, Patrick Besson, Denis Tillinac, se mirent eux-mêmes en régiment dans les années 80. « Hussard », ça n’a jamais été une école, plutôt un mode de vie. Force est de constater cependant un retour en force des idées hussardes. Nimier est encore très actuel pour une génération qui se cherche des maîtres à penser. Interrogez donc ses livres ! Et demain, peut-être, y aura-t-il de jeunes auteurs, prêts à endosser la tunique du Hussard pour pourfendre à coups de sabre les dogmes de l’époque …

Nicolas Giorgi, le 03/02/2011

http://www.denecessitevertu.fr/

 

28/06/2014

Oui, le poète est mort; esclave de l'honneur

 

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"Le quatuor romantique : Lermontov, Pouchkine, Byron et Musset." Jean-René Huguenin

 

 

Je ne suis pas sur terre pour me ménager.

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Je ne suis pas sur terre pour me ménager afin de mourir plus confortablement. Ma mission d’écrivain et d’homme m’interdit de participer à ces rires qui, sitôt nés, s’évanouissent et laissent place à d’autres rires éphémères. Le goût des choses périssables est sacrilège. Je veux agrandir mon âme de tout ce que je refuserai, consacrer ma vie à affirmer que je suis libre, et mourir dans l’amour des choses qui demeurent - Jean-René Huguenin

 

26/06/2014

Bonheur involontaire : celui de ne pas m’intéresser à moi.

Tous-rebelles-Leiter-65.jpg

"Beurrer du papier blanc avec le mot "moi", n’était pas non plus un procédé idéal à mes yeux. C’est pourquoi j’ai tenté tout d’abord de me décrire à la troisième personne, assuré d’y prendre du plaisir et de la solidité. Jusqu’au bout, je n’ai pas su. J’avais envie de lever le doigt et de répondre à la place de mon personnage. C’est à quoi j’ai fini par consentir, jugeant que j’étais bien libre."

Roger Nimier, Beurrer du papier blanc 1962

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22/06/2014

Le panache habillé d'une épée

1950 Roger Nimier par Cartier Bresson.jpg

 

 

Plus que de tout dandysme, s’agissant de Roger, je parlerais de panache. Il n’avait peur de rien, et sous des douceurs apparentes, il possédait une fierté ombrageuse. (...) Roger Nimier était une sorte de mousquetaire empanaché qui ne méprisait pas la dentelle, mais qui lui préférait son épée.

Michel de Saint-Pierre

Avez-vous des tremblements ?

Céline, Roger Nimier, Christian Millau, Jean Namur

 

- Cher Maître, dit Roger Nimier, j'ai le plaisir de vous présenter mon frère de lait, Jean Namur, qui vous admire énormément.

- Ah, répond Céline en ricanant, vous êtes venu voir la vedette !

- Cher Maître, reprend Nimier, c'est au médecin que j'aimerais m’adresser... Il s'agit d'un mal assez particulier...

- Ah oui ? fait Céline, toujours intéressé par un cas médical qui se présente. De quoi souffre-t-il ?

- Eh bien, voilà. Ce pauvre Jean est gravement atteint d'onanisme... Pouvez-vous faire quelque chose pour lui?

- Combien de fois par jour? Au moins dix fois, dites-vous ? Oui, c'est vraiment abusif. Il faut agir au plus vite. Un instant...

    Emmitouflé dans trois épaisseurs de laine et de drap, le cou entouré d'un foulard d'un blanc douteux, Céline s'extrait de son fauteuil d'osier, chasse au passage deux chats endormis sur une table, fait crier le perroquet qui a fourré son bec dans une boîte de sardines, enfonce le bras dans un mur de papiers et revient, tenant à la main son Vidal, dont il feuillette les pages :

    - Voilà... Onanisme... Avez-vous des tremblements ?

    Namur prend un air modeste et s'apprête à répondre, mais Nimier le devance :

    - Oui, absolument. Le pauvre Jean est pris, par moments, de terribles tremblements.

    - Je vais vous faire une ordonnance. Ne vous inquiétez pas, le rassure Céline, d'une voix très douce, comme chargée d'affection. Vous commencerez par vous tremper trois fois par jour les parties dans l'eau froide, ensuite vous appliquerez l'onguent que je vais vous indiquer et vous prendrez pendant trois mois des pilules, extrêmement efficaces.

 Le plus souvent, Nimier fait le pèlerinage de Meudon le dimanche, en compagnie de Marcel Aymé et d'Antoine Blondin. Cette fois, privé de voiture, il a demandé à Namur de le conduire, le chargeant d'apporter un pot de confiture d'orange dont Céline est friand, et c'est sans doute en chemin que lui est venue l'idée de cette mystification, dont son ami Namur, qui en a l'habitude, va faire les frais.

Une autre fois, ce sera mon tour, m'attribuant un priapisme persistant, certes flatteur, mais dont il décrivit au docteur Destouches, plus connu sous le nom de Louis-Ferdinand Céline, le caractère extrêmement douloureux, avec un accent de sincérité comme seul le mensonge le plus énorme savait lui en inspirer.

Christian Millau

19/06/2014

Derrière leur petit oeil obtus

 

club roger nimier

 

"Ils veulent nous persuader qu'on peut être fort dans un cabinet de travail. Ce sont des bohiscoutes, ils mentent. Dans un cabinet de travail, on n'est pas fort, on est puissant, c'est le contraire. Les puissants sont victimes de l'esprit de perfection qui les enchaîne au temps et fait de leur vie l'esclave de leur mort. On prétend que le pouvoir apporte avec lui ses gendarmes et que dix gendarmes sont plus forts que le plus intrépide des hommes. On oublie d'ajouter que les gendarmes vous gardent beaucoup plus qu'ils ne vous servent. Avec eux commence l'abstraction. On pense se faire le maquereau d'une grande idée. C'est l'idée qui vous possède. On s'amuse à conquérir des provinces pour l'amusement des hommes et, justement, dans ce but, il se trouve qu'on a besoin de son pire ennemi. On le ménage, on le cajole. Il faudrait l'étrangler.
J'éprouve, Dieu merci, une grande confiance dans la force physique. D'abord, il y a la peur des autres. J'accepte sa présence sans beaucoup y croire tant je la trouve stupide. Un enfant de sept ans comprendrait qu'un homme n'est pas une tragédie classique et que les larmes protègent mal des coups de poing. Il est vrai qu'ils adorent les coups. Quand on lui a cassé la gueule, le Français se sent bon.
Je me rappelle un type d'une quarantaine d'années... ses épaule effacées... Il parlait fort pour se rassurer. Je l'ai poussé devant moi et il a reculé encore plus vite. Alors il s'est trouvé coincé contre une porte de métro et il a compris qu'il devait se battre. Ils en sont tous là. La vanité, la mauvaise humeur, l'insouciance leur servent de porte de métro. Ils s'y adossent et l'on reconnaît les faibles à ce qu'ils se battent le dos au mur: autrement ils tomberaient. (...)

Je rencontre également des gens dont le métier est de se battre. Derrière leur petit oeil obtus, il ne peut bondir qu'une idée: le meilleur endroit pour frapper. Alors, faute d'avoir les muscles plus rapides, j'ai la morale plus vive. Quand ils se demandent s'ils vont me faire un croc-en-jambe, je les frappe dans le ventre. Lorsqu'ils balancent pour m'étrangler, je les atteins dans les couilles. Plus déloyal que ces policiers, ces boxeurs, je l'emporte assez souvent.
D'ailleurs, je préviens que je ne cherche pas à être l'homme le plus fort du monde. Qui parle de hiérarchie parle aussi de discipline, d'esclavage. J'ai dans l'idée que l'homme le plus fort du monde n'a presque jamais le temps de se battre, tant il passe de mois à s'entraîner. Au contraire, je ne m'entraîne jamais et je me bats. De cette habitude sont venues mes réflexions. Elles ne s'arrêtent pas là. "
Roger Nimier, Les épées

Une âme riche est une âme affamée.

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"Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu faim. Si ma vocation littéraire n'était pas venue donner à cette faim son objet, je serais devenu anarchiste, aventurier, assassin... Je rêvais moins de conquérir le monde que de me donner à lui avec violence. Régner sur les foules, sur un pays, m'exaltait moins que de régner sur moi. Le seul empire que j'aie jamais voulu posséder, c'est l'empire s...ur moi-même. Pas seulement un empire de volonté, de maîtrise et d'orgueil ; mais un empire de liberté, le pouvoir de vivre intensément chaque minute, et de me regarder la vivre. J'ai toujours le sentiment profond d'être libre, c'est cela que j'appelle l'espoir.

Une âme riche est une âme affamée. Au jour du jugement, il sera demandé à chacun de nous selon sa faim. Car toutes les faims mènent à Dieu."
 
Jean-René Huguenin

18/06/2014

Les trois fous

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"Mais s'il y a quelque chose à faire aujourd'hui, c'est à partir de Rimbaud, Valéry et Bernanos — les trois fous. Le fou des Sens, le fou de la Raison et le fou du Cœur. Jean-René Huguenin

 

Il explique trop ; il n’inquiète pas

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Mais sa passion se contemple trop elle-même. Elle n’est pas assez incarnée, héroïque. La mienne repose sur le sacrifice, la sienne sur le plaisir - il a le sacrifice en horreur. Il lui manque quelque chose, un poids, du tragique, un rêve, son intelligence éclaire tout, elle ne respecte pas ces grands repaires d’ombre où notre mystère se tapit, il explique trop ; il n’inquiète pas. Il est lisse et lumineux, et on a l’impression que son bonheur ne cache pas de blessures, c’est un bonheur propre et sans charme, dur comme un bonheur d’enfant. J’aime mieux les êtres qui saignent. J’aime les forts, bien sûr, mais pas tout à fait les forts. J’aime les forts au regard tremblant tremblant d’amour

Jean René Huguenin parlant de Sollers

13/06/2014

Je suis de la race qui chantait dans le supplice. J'entre en guerre - Jean-René Huguenin

charge, guerre, Jean-René Huguenin,

08/06/2014

L'école de l'amitié

Club Roger Nimier

"Vers la fin de la matinée, on vint m’extraire de ma cellule pour me conduire devant l’adjoint du commissaire. Ce Corse aux cheveux plats prit, du haut en bas, la mesure du clochard hirsute qu’on lui présentait et me débita sur un ton de cinéma :

- Tout à l’heure, le ramassage du Dépôt va s’effectuer et après, c’est parti mon kiki… Demain, vous passez devant le tribunal des flagrants délits et vous prenez quinze jours fermes et sans appel… J’ai lu le procès-verbal : ce chauffeur de taxi est un mauvais coucheur mais sa plainte est là… Je veux pourtant vous laisser une chance. Si vous pouvez le rembourser tout de suite, moi, je vous relâche. Appelez quelqu’un qui vienne vous dépanner. Vous avez droit à une communication. Vous la devrez au Père Noël et vous la paierez aux œuvres de notre Mutuelle.

Je formai le numéro de Roger Nimier d’un index fatal […].

- Ça va ?

- Je suis au poste de police de la rue de l’Etoile. J’y ai passé la nuit.

- Bien joué.

- Il me faut cinq mille francs pour un chauffeur de taxi un peu vétilleux. Peux-tu me les apporter tout de suite ?

- Je pars.

Le dernier mot m’explosa dans l’oreille.

- Reconduisez-le, dit le Corse en consultant sa montre. Vous m’expliquerez un autre jour ce que ça signifie : vétilleux. Maintenant, c’est la course au trésor qui commence.

Elle me parut interminable. Allant et venant dans mon cachot, c'est-à-dire me cognant aux murs, je supputais les itinéraires entre le Rond-Point et l’avenue de Wagram, court trajet où pullulent les feux rouges que je m’embrouillait à recenser.  Qui, du fourgon du Dépôt ou de l’Aston martin de Roger, arriverait le premier ? Je l’ignorais encore quand un gardien m’intima du menton d’avoir à repasser de l’autre coté du portillon de fer…

Une sourde animation bombinait dans le poste de police, au milieu duquel se tenait un chauffeur de grande maison en livrée, casquette et gants d’uniforme. Il se découvrit à mon approche et me tendit un enveloppe en disant : « Voici, Monsieur ». Je lui répondit : « Merci Etienne ». C’était Roger.

L’enveloppe contenait le salaire de trois brigadiers-chefs que j’enfouis ostensiblement dans la poche. J’avais d’un seul coup la tête haute.

- Vous serez très aimable de me rendre mes affaires et de m’établir cette petite note.

Contre le trottoir, j’apercevais l’Aston martin légendaire, puissante et souple. Nous l’appelions la « vieille maison » parce qu’elle renfermait des rasoirs électriques, des chemises de rechange, des livres, des disques, des déclarations d’impôts, des jeux de patience désuets (avoisinant le compteur étalonné jusqu’à 260 km/h). Ce beau jouet d’impatience était un des refuges de Roger, sa cabane, son lopin de terre, en dernier ressort le seul bien matériel qu’il possédât. Jamais la « vielle maison » ne m’était apparue plus somptueuse, ni plus accueillante que ce matin là, où elle flambait sous un pale soleil dans une apothéose de klaxons, car elle bouchait la rue.

Monsieur Jadis [Antoine Blondin] se dirigea vers l’automobile d’un pas de propriétaire, escorté de son chauffeur qui, se découvrant derechef, la contourna pour lui ouvrir la portière avec une déférence extrême. Les policiers, massées au seuil de leur antre, se frottaient les yeux au spectacle miraculeux de l’équipage qui emportait cette pauvre cloche, incapable de régler un taxi. Et l’on peut présumer qu’ils eurent à cet instant-là, la révélation de Noël. "

A. BLONDIN, Monsieur Jadis ou l’école du soir

L'amour de la vie est presque toujours le contraire de l'amour d'une longue vie

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Le hussard bleu n'était pas un hussard de la mort, suicidé d'honneur de la ligue noire de Drieu, comme osait l'affirmer la dégueulasserie de Kanters, comme pouvait le donner à croire l'hommage ambigu d'un Chardonne sans mémoire, oublieux des anciennes gratitudes. Mauriac, bourgeois provincial et malingre, n'en revenait pas d'avoir survécu au dandy parisien, costaud comme un pilier de mêlée, qui éperonnait le pas de charge de ses heures et de ses mots. "C'est pourtant moi, si faible, qui avais dominé la vie et lui, si fort, qui paraissait déjà vaincu par elle." L'arrogance de cette papelardise était intolérable. Nimier avait vécu comme il le devait, en esprit fort et en écrivain de race (les borniols qui l'avaient enterré furent surpris d'assister à sa résurrection, le critique - le premier de son temps, dira Sollers - prenant la relève du romancier) selon l'instinct de son enfance insurgée, de sa nature noble et de l'ordre rigoureux d'une civilisation. Ceux qui n'en finissaient pas de survivre n'en finissaient pas non plus de payer le prix de leur prudence, radotant les illusions de leur sécurité, s'enfonçant dans leur sommeil d'abouliques. Je me remémorais le mot de Nietzsche, qui justifiait l'honneur, la grâce et le risque d'exister de Nimier : "L'amour de la vie est presque toujours le contraire de l'amour d'une longue vie."

Pol Vandromme, Bivouacs d'un hussard

05/06/2014

Le Café de Flore, le goût de la provocation

Café de Flore, Club Roger Nimier,

Les hussards, réunis en Club autour de Roger Nimier, fréquentaient le Café de Flore comme on fréquente une salle de boxe. Ils y cotoyaient Juliette Gréco, Mouloudji, Boris Vian, Hemingway, Adamov, célèbre pour ses déclamations poétiques, Antonin Artaud, tout juste revenu de son calvaire à l’hôpital de Rodez. Gallimard y dépêchait également Camus.Toute l’intelligentsia était représentée, toutes les tendances et l’on y trouve même un PCF très particulier – le Pouilly Club de France – créé par Monsieur Boubal à la gloire du fameux vin… Gérard Philipe venait avec son chien ou Léo Ferré avec sa guenon. Avant de partir, Antoine Blondin n'oubliait jamais de déclencher une bataille d’oeufs durs et de mots taillés.

Histoire du Café de Flore

Jean-René Huguenin: vie et mort d'un feu follet par Jérôme Garcin.

Jean-René Huguenin, MS62,

Le 22 septembre 1962, sur la RN 10, à hauteur de Sonchamp (Yvelines), une Mercedes 300 SL est déportée à vive allure sur sa gauche et heurte de plein fouet une Peugeot 404 venant benoîtement en sens inverse. Les deux conducteurs sont tués sur le coup. Au volant de la voiture française, un grainetier de Mayenne; au volant du cabriolet allemand, qu'un ami fortuné lui avait prêté, un écrivain de 26 ans, fils d'un grand professeur de médecine, qui faisait son service militaire au service cinématographique de l'armée. La France profonde écrasée, le dernier samedi de l'été, par un jeune fils de famille pressé, tout un symbole.

Trois ans auparavant, dans son «Journal», Jean-René Huguenin avait prévenu:

« Il est clair que je n'ai pas ma place dans ce monde, parmi ma génération, au sein de cette civilisation. Je vais écrire quelques romans, et puis j'éclaterai comme un feu d'artifice et j'irai chercher la mort quelque part. La pensée de mourir est finalement ce qui me console le mieux de tout.»

Pressentait-il ou réclamait-il, si tôt, une fin tragique? Rien n'est moins sûr. A cet âge-là, avec la vie devant soi, on nargue plus le destin qu'on ne le présage et on est plus bravache que devin. Mais dans cette page le jeune homme ne trichait pas, il montrait son vrai visage: celui d'un romantique désenchanté, d'un idéaliste exalté, trop plein d'absolu nietzschéen, de spiritualité péguyste, de grandeur gaullienne, pour s'accommoder de son époque standardisée.

En vain avait-il tenté d'être de son temps et de son milieu. Diplômé de Sciences-Po, il se destinait à l'ENA, tout en exécrant la politique politicienne. Membre fondateur de «Tel Quel», la revue de Philippe Sollers, il en avait vite été excommunié pour absentéisme et scepticisme. Journaliste au «Figaro littéraire», à «Arts» et aux «Lettres françaises», il fustigeait le Nouveau Roman, la Nouvelle Vague, l'existentialisme, le lacanisme et le matérialisme. A Robbe-Grillet, Sartre et même Françoise Sagan - «elle parle de l'ennui à des gens qui s'ennuient» - il préférait Hemingway, qu'il rencontra à Paris en 1959, mais aussi les catholiques Bernanos et Mauriac.

C'est d'ailleurs François Mauriac, grand bénisseur de jeunes talents littéraires, qui porta Jean-René Huguenin sur les fonts baptismaux. En 1960, il salua «la Côte sauvage», le premier roman de ce garçon orgueilleux et fragile. L'histoire d'amour contrariée, dans une Bretagne légendaire, entre un frère possessif et sa soeur qui s'apprête à épouser un ami d'enfance, avait ému le romancier de «Thérèse Desqueyroux». Louis Poirier, alias Julien Gracq, qui avait été son professeur d'histoire-géo au lycée Claude-Bernard, avait aimé, lui aussi, ce livre de plein air, battu par les vagues du romantisme, situé à mille lieues de la «littérature théorisante» du moment et sa «métaphysique de café».

Longtemps après, l'auteur du «Rivage des Syrtes» se souviendrait, avec une émotion intacte, de son élève «rimbaldien» qui ne cachait pas son affectivité, de ce beau ténébreux qui ne «s'était pas laissé ternir», de cet impatient qui avait fait le voyage de Saint-Florent-le-Vieil pour l'interviewer en coup de vent avant d'aller rejoindre sa fiancée en Bretagne. «Huguenin, disait Gracq, c'est une trajectoire qui s'achève avec une mort prématurée.»

Cette trajectoire brisée, le mécontemporain Jérôme Michel la dessine dans un récit aussi fervent et fiévreux que son modèle. Il fait siens, en effet, l'utopisme, l'intransigeance et la combativité de celui qui, avant de disparaître, écrivit: «Ne reculer devant rien, n'écouter que mon impérialisme.»

Il raconte la brève apparition du feu follet, son enfance bourgeoise, sa passion pour sa soeur Jacqueline, ses amitiés du lycée (Renaud Matignon, Jean-Edern Hallier) où «l'archange blond distribuait ses faveurs», son inscription à la Sorbonne puis à Sciences-Po, sa jeunesse réactionnaire, ses débuts d'écrivain impétueux et inactuel. Une poignée de nouvelles, des articles musclés, un Journal où il s'exclame: «Je veux être la Force, la Révolution et la Foi», et un unique roman: cette œuvre en suspens frappe par sa mélancolie incantatoire et son aspiration à une chevalerie des temps modernes.

En somme, Jean-René Huguenin était un grand enfant triste. «Les Enfants triste », c'était justement le titre d'un roman de Roger Nimier qui, le 28 septembre 1962, une semaine après l'accident de son cadet, se tua en Aston Martin sur l'autoroute de l'Ouest. Ni l'un ni l'autre ne s'étaient acheté une conduite.

Jérôme Garcin

04/06/2014

Gégauff, une pensée qui saute

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Roger Nimier saluant les qualités de Gégauff : “le cynisme, le sens de la drôlerie, la pensée qui saute d’un mot à l’autre comme une puce”.

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L'idéal dans le sang

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C’est une terrible pitié que de voir un peuple qui a besoin d’aimer et ne trouve rien pour satisfaire son amour. Il est permis d’interpréter les malheurs de ce pays dans un langage pompeux, en invoquant les courbes de la natalité, l’absence de pétrole ou la recherche d’un idéal. Mais j’ai le sentiment que nos ancêtres, qui faisaient pourtant d’assez grandes choses, ne se torturaient pas pour trouver un idéal : ils l’avaient dans le sang, ou, si l’on veut, à portée de main, en chair et en os, ou en bois sculpté. Le roi de France, Napoléon, le bon Dieu, étaient des êtres de tous les jours, auxquels on pouvait parler, raconter ses affaires sans s’entendre répondre comme le ferait un idéal moderne : "Monsieur, votre honorée du 10 courant nous est bien parvenu. La loi du 8 septembre 1935, modifiée par le décret du 7 Août 1946, vous donne toutes les précisions sur la question. Reportez-vous au journal officiel. Sans doute, les hommes de l’ancienne France connaissaient-ils un grand nombre de lois ; mais ils n’étaient pas perdus dans ces textes comme un écureuil dans sa cage, qui court, affolé, en croyant au progrès parce que le sol bouge sous ses pieds - Roger Nimier, Le Grand d'Espagne

03/06/2014

Le style n'est pas une danse, c'est une démarche

André Parinaud avec Roger Nimier et Jean Cocteau.jpg

Le style n'est pas une danse, c'est une démarche - Jean Cocteau (sur la photo avec André Parinaud et Roger Nimier).

Dieu est vivant

dieu,roger nimier

Dieu est vivant et en bonne santé. Il est actuellement au travail sur un projet moins ambitieux - Roger Nimier

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