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30/06/2014

Le Club Roger Nimier par Nicolas Giorgi (03/02/2011)

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C’est Bernard Franck qui, le premier, va se fendre d’un pamphlet particulièrement caustique intitulé « Hussards et Grognards » pour s’en prendre à ces impétueux gandins. C’est en quelque sorte lui qui « inventa » les Hussards, qu’il caractérisa par l’abus de phrases courtes, au style couperet, dans une démonstration éloquente mais un peu caricaturale. […] Une riposte cinglante à ce déferlement de coups de sabots à la coterie qu’il vient de baptiser Hussards, Franck se trouve fort étonné lorsque, ces derniers saluent ce jeune auteur qui leur ressemble, refusant seulement de se voir enfermés dans un groupe. Laurent de lancer, pas dépourvu d’humour, qu’il préférait les fantassins aux hussards. Nimier salue la plume légère de Franck. Voilà bien un trait hussard ! Il est temps, maintenant, de présenter ces 4 fameux mousquetaires, en commençant tout d’abord par leur chef de file

Roger Nimier. Le « premier de la classe », selon François Nourissier (lui aussi d’obédience hussarde). Cet agitateur de bonnes consciences a fait de quelques portraits au vitriol, quelques articles cinglants, sa signature. Dans la critique d’une pièce pour Opéra, il titrera : « Surprise à Marigny : Jean-Louis Barrault encore plus mauvais que d’habitude », et fera de nouveau scandale. Ecrire, provoquer, séduire par l’écriture : il était né pour ça. En 50, Nimier avait déjà publié trois romans, dont Le grand d’Espagne et Le Hussard bleu, le rendant célèbre à 25 ans. S’en suivra une période de dix ans d’un silence à peine désiré pour ce d’ « Artagnan amoureux », qui décide de ne plus publier. Dans le creux de la vague, il est recueilli par Paul Morand, qui lui réserve une chambre dans sa maison de campagne afin qu’il puisse y travailler. En 62, la chambre du fils est désormais vide, qui regarde le fantôme du James Dean de la littérature française.

Puis vient Antoine Blondin. Paradoxalement, le plus connu des quatre. Ses chroniques sportives pour l’Equipe, pour lequel il suivra 27 Tours de France, ont sans doute fait davantage pour sa notoriété que ses cinq romans, pourtant d’une très bonne facture (citons pêle-mêle L’Humeur vagabonde, Monsieur Jadis ou encore l’Ecole du soir). Ce garçon « efflanqué, le regard brûlant, au visage angélique » à ses débuts, est l’archange aux deux visages. Le premier, celui de l’écrivain de la légèreté, du rêve, fera sa légende. Le second, celui du chantre de la liberté dans les vapeurs de l’éthanol, causera sa perte.

Jacques Laurent est le troisième « hussard ». L’auteur des Corps Tranquilles, mille-feuille romanesque débordant de personnages et d’influences (Dos Pasos, le cinéma, la publicité), publié en 49 est sans doute le plus fécond des quatre romanciers, qui compte une centaine d’ouvrages à son actif. Celui qui signera sous le pseudonyme de Cecil Saint-Laurent à ses débuts décroche un phénoménal succès en 47 avec son roman feuilleton Caroline Chérie. Cagoulard de la résistance anti-sartrienne, le froid mousquetaire nous émouvra aussi avec son Petit canard, qui se conclut par la lettre d’un père à son fils en passe de se faire fusiller pour s’être engagé dans la L.V.F. Singulier, sincère, Jacques Laurent est sans doute le plus puissant, le plus éclectique des hussards.

Michel Déon, seul à être encore en vie aujourd’hui, se présente comme le dernier des Mohicans. Il sera rajouté sur le tard comme appartenant aux Hussards, appartenance qu’il a toujours dénié : « Les Hussards ? Connais pas !», répondait-il lorsqu’on l’importunait avec cette histoire. Il est vrai que de faire trainer de vielles guêtres de Hussards à ce nonagénaire, relève de l’ineptie. Ce « nomade sédentaire », qui vit entre Paris, l’Irlande et les îles Grecques, sa terre d’élection, se refusera toujours à cette catégorisation. L’académicien, même s’il avait l’uniforme brodé des hussards, à toujours souffert de la comparaison avec ses colistiers. Lui manquait à la fois le charme d’un Nimier, l’écriture ductile d’un Blondin, ou la profondeur d’un Laurent. Malgré tout, on se souviendra de lui pour des romans tels que Je ne veux jamais l’oublier, ou encore Le Taxi mauve.

De tout ce tumulte, ces embardées, que reste-t-il aujourd’hui ? […] Il y a bien eu les « néo-hussards », invention  […] d’un Jérôme Garcin pour une fois en forme. Eric Neuhoff, Patrick Besson, Denis Tillinac, se mirent eux-mêmes en régiment dans les années 80. « Hussard », ça n’a jamais été une école, plutôt un mode de vie. Force est de constater cependant un retour en force des idées hussardes. Nimier est encore très actuel pour une génération qui se cherche des maîtres à penser. Interrogez donc ses livres ! Et demain, peut-être, y aura-t-il de jeunes auteurs, prêts à endosser la tunique du Hussard pour pourfendre à coups de sabre les dogmes de l’époque …

Nicolas Giorgi, le 03/02/2011

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