Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12/04/2009

Gracq, derniers temps par P. Assouline

Gracq, derniers temps

   Maintenant qu'il est mort, il relève de l'histoire littéraire. Même s'il est toujours lu avec le sentiment de sa présence, suffisamment lointaine pour le mettre à l'abri des fâcheux mais assez proche pour savoir qu'on peut lui écrire et même le visiter. Enfin, on pouvait. L'écrivain Philippe Le Guillou était de ses commensaux. Ou plutôt : l'un de ses rares connivents. Admirateur et inconditionnel. C'est dit. On n'en doute pas un seul instant à la lecture de son récit Le dernier veilleur de Bretagne(88 pages, 10,50 euros, Mercure de France). Sentimental sans lyrisme, informé sans indiscrétion, il a le ton juste. Julien Gracq n'accordait pas d'interviews. Que des rencontres dans le meilleur des cas. Le Guillou l'a visité à maintes reprises de 1992 à sa mort. Peut-être les premières fois ressemblaient-elles au rituel de la visite au grand écrivain par où sont passés tant de nos glorieux aînés. Mais bien qu'il ne l'appelât jamais autrement que "monsieur Gracq", le cérémonial s'estompa rapidement au gré des conversations au restaurant du village ou, le plus souvent, dans le petit salon de la maison de l'écrivain dont il voulut qu'elle lui survive sous toute forme à l'exception de "la maison d'écrivain". Il nous montre l'ermite de Saint-Florent-le-Viel comique dans ses imitations de Giscard d'Estaing, chaleureux dans l'ep1010475.1239559021.JPGxpression de sa fascination pour Jean-René Huguenin mort trop tôt, ironique avec cette traductrice américaine qui rendait en trafficlights les feux/foyers de Milly-Lamartine et en coverbed le duvet métaphorique de Musset, irréductible vis à vis de la Fondation Dina Vierny qui n'a de cesse de l'expulser du 61 rue de Grenelle afin d'étendre encore ses tentacules, irréprochable dans sa volonté de continuer à orthographier "déjeûner" contre les vents et les marées de l'usage qui a trop vite oublié qu'il s'agit de rompre le jeûne. Il révèle l'absolue simplicité des funérailles du grand écrivain. "Très arte povera". Un simple plaque :"Louis Poirier 1910-2007". Après le prélude de Parsifal, la lecture d'un extrait du Balcon en forêt par un compagnon de promenade. Puis le cercueil voué au flammes. Philippe Le Guillou évoque au détour d'une page "la société secrète des lecteurs" de Gracq. Il pourrait en être le greffier. C'est un fervent que l'usage somptueux que Julien Gracq fit de la langue éblouit encore. Du moins à l'écrit. Car à l'oral, il peut témoigner de ses écarts : ne voyait-il pas en lui un supporter sinon un fan ?

La République des livres - P. Assouline

Les commentaires sont fermés.